vendredi 22 décembre 2017

Potosi et Sucre : fastes boliviens coloniaux

Après 4 jours d'expédition dans les provinces "nature" du Sud de la Bolivie, nous décidons de découvrir les grandes villes de ce pays : Potosi, Sucre et La Paz (qui sera le sujet d'un prochain article).




Nous posons nos sacs à Potosi, ville de première importance pour la couronne espagnole, puisque l'on y découvrit au milieu du 16ème siècle une source - presque - intarrissable d'argent dans le Cerro Rico qui surplombe la ville. D'ailleurs, le nom Potosi vient de "potoc" qui  signifie "explosion" en quechua. 

La ville est classée au Patrimoine Mondial de l'Unesco pour son histoire particulière. L'exploitation de l'argent battait son plein au 17ème et 18ème siècle. À partir du 18ème, la source commença à se tarir. On raconte qu'avec tout l'argent extrait, l'Espagne aurait pu construire un pont au-dessus de l'Atlantique pour relier le Alto Peru (la Bolivie) à la péninsule ibérique ! En 1650, la ville était l'une des plus peuplées au monde et comptait 160000 habitants vs 120000 pour Madrid et 430000 pour Paris...


Porte coloniale
Place principale de Potosi
La richesse de cette ressource a maigrement bénéficié à la ville, où survit un centre à l'architecture coloniale. De nombreux habitants descendent ou bien sont eux-mêmes mineurs car la mine est encore exploitée. Ces hommes travaillent toujours dans les conditions effroyables : ils respirent des gaz toxiques (émanations de cyanure etc..) et risquent leur vie dans les éboulements, car l'argent est extrait à l'aide de dynamite (et non à la pioche comme pour le charbon). Il meurt chaque année entre 30 et 40 personnes dans les entrailles de la mine. Sur la période coloniale (de 1545 à 1825, date de l'indépendance de la Bolivie), 7 à 8 millions d'esclaves principalement indigènes mais aussi noirs sont décédés dans le Cerro Rico. La mine a fait plus de morts qu'il y a eu d'africains déportés dans tout le Brésil pendant les 3 siècles de son histoire coloniale. Ça donne le vertige !

Une des principles "attractions" de la ville consiste en la visite de ces mines, qui nous tentait au premier abord (surtout Alex, le chti du duo). Mais plusieurs témoignagnes de routards ainsi que des photos de mineurs promouvant ces visites nous en dissuadent. En effet, les mineurs travaillent toujours dans des conditions dangereuses pour un salaire de misère. Ils ne touchent pas de bénéfice lié aux visites de touriste. Nous nous imaginons mal au milieu d'eux. Nous avons donc préféré privilégier la visite de la Casa de la Moneda (maison de la monnaie), impressionnant  édifice colonial situé sur la place principale de la ville. Comme dimanche est jour d'élection, tout est fermé. Le lundi est jour de fermeture du musée. Nous décidons donc de rester jusqu'au mardi matin à Potosi pour la visite commentée. Le luxe du voyage au long court ! Et nous ne serons pas déçus. 

Le macaron emblématique de la Casa de la Moneda

L'entrée de la Casa de la Moneda
La Casa de la Moneda a été créée en 1572 pour frapper la monnaie de l'empire colonial espagnol. Deux autres maisons frappaient également la même monnaie espagnole, à Lima et Mexico. Seulement 5% de l'argent de Potosi était toutefois consacré à la monnaie. La majorité était exportée en lingot en Europe. Un petit reliquat servait à faire de la vaisselle et des bijoux sur place pour les nantis de la colonie. 
On peut voir dans ce musée les ateliers où était frappée la monnaie, les différentes évolutions de celle-ci avec les révolutions industrielles. C'est ainsi qu'on a découvert un petit bout de l'histoire de la Bolivie : ses grandeurs et ses malheurs liés à ses innombrables richesses minières. 
Quelques salles sont consacrées à l'art pictural à l'époque coloniale. Beaucoup de tableaux religieux et militaires, pour évangéliser les indigènes et leur montrer la force militaire de la couronne espagnole (et les intimider!).  Les tableaux religieux étaient d'ailleurs souvent des reproductions faites par des indigènes eux-mêmes (en tant qu'exécutants) : ils y ont donc glissé des symboles de leur religion (celle des Incas) comme dans ce tableau anonyme très connu de la Vierge du Cerro.


La forme triangulaire de la Vierge dans sa robe (représentations très fréquente de la Vierge dans les églises de Bolivie) évoque la Pachamama, déesse Terre, par sa forme de montagne.
2 autres dieux incas importants sont représentés : la Lune et le Soleil

Autre "fun fact" : la Bolivie ne frappe plus sa monnaie aujourd'hui. La Casa de la Moneda n'est plus qu'un musée. C'est la Banque de France qui le fait !

Notre visite de ce musée est le temps fort de nos 3 jours dans cette ville. Charlotte continue d'être malade suite à l'intoxication à la soupe de frites. Par ailleurs, l'altitude nous met une bonne claque. Nous voilà à 4000 mètres ! Certes, depuis mi Novembre nous étions autour de 2-3000 mètres. Mais 4000, c'est autre chose. Une rue en pente nous essoufle (et Potosi est à flanc de montagnes), et il fait très frais (moins de 10°): dehors ... et dedans, car les boliviens ne chauffent pas trop. Cerise sur le gâteau, notre auberge, malgré un style architectural typique, n'est pas la plus chaleureuse (tant au niveau des températures, que du personnel et des parties communes).

Nous faisons un tour dans la ville. Quelques bâtiments attirent l'oeil. Mais, vous l'aurez compris, ce ne sont pas des jours de fête ! 

L'arche qui marquait la limite entre le centre colonial et les quartiers indigènes

Rue du centre

Bâtiment typique

On a une passion pour les portes potosiennes

La crèche version Potosi : Jésus naît dans un chariot de mine
Nous quittons Potosi mardi midi direction Sucre, la capitale historique et consitutionnelle de la Bolivie. On redescend un peu (2800 m) et voilà le soleil qui pointe son nez ! 

Nous passons 3 jours dans la ville, hébergés dans une auberge du centre. Surnommée la ville blanche de par la couleur de ses bâtiments coloniaux et églises, c'est une cité de charme, qui offre pas mal de musées. Nous en visitons 2 : la Casa de la Libertad et le Musée des arts indigènes.

Bâtiment de la plaza principale de Sucre

Casa de la Libertad

Nous faisons la visite commentée de la Casa de la Libertad. La guide est moins habitée et plus scolaire qu'à Potosi, mais la visite nous permet de poursuivre notre apprentissage de l'histoire politique de la Bolivie. Ce bâtiment fait partie d'une mission jésuite construite fin 16ème qui comprend un cloître, une chapelle et une université. Après l'expulsion des jésuites par la couronne espagnole, ce bâtiment devint une université renommée où étudièrent les principaux protagonistes de la révolution de 1809 qui aboutit en 1825 à l'indépendance de la Bolivie. C'est dans la salle principale de l'université que se réunit le premier congrès de Bolivie. Sucre est aujourd'hui la capitale constitutionnelle où siège la Court Suprême. Depuis la guerre civile de 1899, la capitale administrative où siègent le gouvernement et le parlement est La Paz. 

Arches de la Recoleta

Vue sur Sucre

La Recoleta

Église coloniale

Tenue de ville : au top du style après 2 mois et demi de voyage... 

Au musée des arts indigènes, nous plongeons dans les cultures textiles et musicales des descendants des incas. Nous pouvons admirer le travail d'une tisseuse. Nous sommes bien loins des étoles aux motifs ethniques clichés qui sont en abondance dans les étals des marchés. 

Autres attractions de charme : le marché couvert qui fourmille de stands, avec à l'étage plusieurs comedors (où nous ne mettrons pas les pieds), et les arcades de la Recoleta avec leur point de vue sur la ville.

Ce séjour est également synonyme de retour de la gastronomie : nous dinons au Cafe Florin des burgers de lamas dans une ambiance chaleureuse type pub Irlandais, on se cuisine des fajitas... On profite du jardin ensoleillé de notre Bed&Breakfast.


Déjeuner dans le patio de l'auberge avec un gros barbu

Rue de Sucre

Sucre nous aura donc charmé, avec ses rues lumineuses et pleines de vies. Elle nous a semblé moins austère et plus accueillante que Potosi, avec un centre plus cossu et moins pollué. Les ruelles de Potosi étaient remplies de minibus japonais des années 70, avec des pots d'échappement approximativement à 1m80, soit à la hauteur de nos têtes ! On s'est pris de la fumée noire plein la ganache ... Bref, Potosi ce n'était pas la fête, aussi parce que l'état de Charlotte ne s'est amélioré qu'à Sucre.
Nous prenons jeudi soir un bus de nuit direction l'autre capitale : La Paz.

Bus électrique à Potosi 
Passion tuning
👌👌👌 Bons plans :
- la visite guidée de la Casa de la Moneda à Potosi, à 9h, comprise dans le billet d'entrée
- le musée des Arts Indigènes à Sucre

👎👎👎Mauvais plans :
- la visite des mines à Potosi

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire