mardi 9 janvier 2018

L'ascension du Chachani : 2 jours au-delà de nos limites

Nous avons décidé de grimper un sommet à 6000 mètres fin Novembre, lorsque nous préparions notre périple en Bolivie. L'envie de dépasser ses limites, et de faire un peu de sport après presque 3 mois sans footing. Après plus d'un mois en altitude, au-dessus de 3000m, on se dit que c'est le moment. Nos corps sont habitués. Les récits de voyageurs, notamment sur leurs blogs, nous ont donné envie de tenter le défit. Alex, qui a grimpé le Mont Blanc l'été dernier, était très chaud... et doutait des capacités de Charlotte, à la fois très enthousiaste et consciente des difficultés. Après quelques vérifications météorologiques, il a semblé que le sommet que nous visions en Bolivie (le Parinacota) commençait à se couvrir de neige avec la saison des pluies. Cela allait requérir de grimper avec crampons et piolets. On s'est dit que l'altitude était déjà un gros défi, et qu'on était encore moins sûr d'y arriver avec de la neige dans les pattes. Nous avons donc cherché un autre sommet andin non enneigé : ce sera le Chachani, au Pérou, à 6057 m !






À peine arrivés à Arequipa, nous partons à la quête d'un guide pour notre ascension. Nous trouvons rapidement un trek qui nous convient dans une agence de la place principale. L'ascension se fait en 2 jours. On nous fournit le matériel de camping ainsi que des habits chauds de montagne : pantalon, anorak, gants. Nous louons également des chaussures chaudes et imperméables. Les prévisions météo annoncent un risque de pluie (et donc de neige à 6000m).
Le rendez-vous est à 9h à l'agence où l'équipement nous est remis. Un équipement à la pointe de la mode des années 1980s... Charlotte a le droit à un pantalon pattes d'eph genre "Les bronzés font du ski". Qu'importe le style, l'enjeu c'est d'arriver là-haut. Nous faisons la connaissance de nos compagnons de grimpette : Benjamin (un français à l'allure sportive), Jordi (un hollandais sportif aussi), un costaricain futur prof de sport... et 2 allemandes qui arrivent plus tard. Charlotte commençait à se dire qu'elle allait être la seule nana à courrir derrière 4 mecs. Deux guides nous accompagnent : Jose et un assistant.

Cratère sur le chemin du sommet du Chachani

Nous partons en 4x4  et arrivont sur les flancs sur Chachani vers midi. La route secoue pas mal. Nous montons à 5000m. En descendant de l'auto, on peine déjà à respirer... Nous prenons nos sacs sur le dos, et c'est parti. Doucement... Les sacs pèsent beaucoup, surtout celui d'Alex qui s'est devoué en gentleman pour porter la tente. Chacun marche avec son matelas, son duvet, les habits chauds ... et 6 litres d'eau ! De quoi s'hydrater pour l'ascension et cuisiner ce soir.
Les paysages sont lunaires. De la roche volcanique, une végétation rare. Nous marchons 2 bonnes heures en file indienne à un rythme très lent. Nous traversons un cratère. Nous escaladons des rochers chargés de nos sacs (qui pèsent autour de 15kg). Nous arrivons vers 14h au site de campement où nous dressons nos tentes. Nous nous balladons et nous reposons sur de gros cailloux. Chacun reprend peu à peu son souffle, sauf notre ami costaricain prof de sport. Il peine à s'acclimater et c'est compréhensible : il arrive tout juste de Lima. En moins de 24h, il est passé du niveau de la mer à 5200 m...Violent ! On voit le sentier qui serpente en montée et que nous prendrons à 2h du matin.



La bonne mûle
Au top du sexyness
Les Bronzés font du ski
Le camp de base
Petite sieste au soleil

Nous dînons vers 17h. Un soupe de nouilles et de légumes, une bolée de spaghettis et une infusion de feuilles de coca (un remède classique contre le mal d'altitude). C'est l'occasion de parler un peu avec Jose. Il nous affirme que 100% des voyageurs ayant tenté l'ascension avec lui sont arrivés au sommet. On le croit moyennement... Les conversations ne s'éternisent pas : comme si chacun était concentré sur l'effort du lendemain. A 18h, on file au lit. La température est de 0 à 2 degrés. On enfile toutes nos couches, y compris nos bonnets en laine de lama et nos mouffles. On s'allonge sur nos tapis de sol fins comme du parchemin. Et on essaye de dormir. On somnole quoi. Dehors, ça souffle !
Le réveil sonne à 1h du matin. Comme on a déjà tous nos habits sur nous, on est rapidement assis autour du feu pour le petit dej. Malgré les vivres abondants, on a un peu du mal à avaler plus d'un quignon de pain. A 2h, c'est parti ! Une longue ascension commence. 


Nous avançons dans la nuit en file indienne. Les femmes d'abord, derrière José, suivies des hommes. Le chemin fait des lacets. Le pas est très lent. Les épaules sont plus légères que la veille car nous ne portons que des snacks et 1L d'eau. Il fait froid, mais l'effort nous réchauffe. Sur les 3 premières heures, les pauses sont rares. 5 minutes toutes les 55 minutes. On est essoufflé. Au bout d'1h de marche, c'est un peu comme si on avait fait une course de 10km. Alex marche derrière Charlotte et est suivi par Benjamin, l'autre français. Ce dernier commence à se plaindre de plus en plus bruyamment du rythme. Soudainement, il nous double et demande à Charlotte, exaspéré : "on pourrait arrêter de faire des pauses tous les 3 pas et aller un peu plus vite?" José, notre guide péruvien qui ne parle pas français, comprend, se retourne et répond du tac au tac en espagnol : "J'ai dit les femmes d'abord. Nous sommes un groupe : on s'adapte au plus lent." La marche reprend... Arrivés vers 5800 m, le froid commence à percer les vêtements, notamment les chaussettes et les mouffles. Les pauses sont plus fréquentes mais de courte durée : rester immobile plus de 3 minutes fait descendre la température. Le jour se lève vers 5h30. La lumière est belle. Hélas le soleil se cache derrière les nuages et ne nous rechauffe pas. Pire, le vent se lève. Et avec, les doutes de Charlotte sur sa capacité à arriver au sommet qui tarde à pointer son nez à l'horizon. Le costaricain, qui traîne la patte depuis quelques heures, se résout à abandonner. Il rebrousse chemin à 300 mètres du sommet... Benjamin et Jordi ont l'aval du guide pour accélerer et se séparer du groupe. Nous nous retrouvons avec les 2 allemandes. Le vent souffle. On a très très froid. La lassitude se fait sentir. Plus de 5h que nous sommes concentrés dans l'effort. Le mental vacille.
Mais Alex n'entend pas abandonner. Il houspille Charlotte qui émet l'idée de s'arrêter. Après tout, 5900 m c'est déjà pas mal, non ? Et en plus, on pourra dire qu'on y est arrivé tous les 2 ! Personne viendra vérifier ! En arrondissant au millier prêt, le compte est bon ! Nous continuons un peu. Alors que nous faisons une pause à l'abri d'un caillou, le guide montre une mince croix de bois, là-haut. C'est le sommet ! Le mauvais Benjamin et Jordi y arrivent. On se remet en marche. Après une périlleuse marche sur une crête, on y est !!! On est dans un état second. Harassés et congelés. Charlotte laisse échapper des larmes de (souffrance et de) bonheur. Nous prenons quelques photos (on se force comme des dingues à sourire) et on repart.



Le sommet, 6057 mètres !!!
Ceci n'est pas un photomontage 
Les volcans alentours
Amitié franco-allemande

On pensait que plus on descendrait, plus ça irait. Or, la descente est un enfer sans fin. Nous descendons tout droit du sommet au campement, en courant dans le sable dans le lequel nous nous enfonçons. C'est lassant. Nous avons mal aux genoux et au dos. Nous descendons 50m et nous nous arrêtons. Puis ça recommence... Nous arrivons au campement à 9h, les derniers. Tous sont en train de plier leurs tentes. Nous nous effondrons sous la notre.
Les quelques minutes de repos n'allègent pas la douleur de nos corps. Nous tentons quelques étirements pour nous détendre avant de plier notre tente et de faire nos sacs, sous le regard noir du compatriote Benjamin qui s'impatiente une fois de plus, lui qui a dû arriver il y a plus d'une heure au campement. Nous finissons notre sac et prenons le chemin du retour avec le guide qui nous a attendu tandis que le reste du groupe est parti. 200 mètres de descente qui défilent plutôt vite malgré nos dos en purée. Nous arrivons au "parking" où sont garés les 4x4, y compris celui de Benjamin qui doit nous attendre une dernière fois. 
Nous prenons la route et arrivons en mille morceaux vers 13h à l'auberge à Arequipa sous les premières gouttes de pluie depuis février sur la ville ! On a eu chaud !!



Encore les volcans qui dorment

Nous sommes fiers d'être parvenus à atteindre le sommet et assez sceptiques (et blessés dans notre amour propre) quand nous lisons dans les guides et sur internet que le Chachani est le sommet de plus de 6000m le plus facile d'Amérique du Sud. C'est vrai que l'absence de neige la plus grande partie de l'année enlève une difficulté. Mais le manque d'oxygène et le froid n'en restent pas moins des obstacles importants contre lesquels nous avons lutté chaque minute dans les dernières centaines de mètre. Autre difficulté, que nous avons vaincue grâce à notre mois précédent dans les Andes : le mal d'altitude. Il se caractérise par un mal de tête très fort et des nausées. C'est ce dont a souffert le costaricain qui ne s'était pas suffisamment acclimaté. En bref, c'est peut être le moins difficile mais ce n'est pas facile pour autant. Pour Charlotte, ce fut la plus dure épreuve sportive de sa vie. Pour Alex aussi : ce fut plus dur que l'ascension du Mont Blanc où le froid et le manque d'oxygène sont nettement moins importants. 



Comment faire l'ascension du Chachani ?

Il nous semble très compliqué de le faire sans agence étant donné qu'il faut 2h30 de 4x4 depuis Arequipa pour atteindre le début de la rando à 5000m par un chemin très escarpé. Des grimpeurs aguerris peuvent commencer à 3600m et s'éviter la portion de route dans la caillasse. Il faut alors juste louer un véhicule pour 2 jours. Un guide est nécessaire étant donné la difficulté liée à l'altitude. Aussi le sentier pour grimper n'est pas clair, au moins sur les 500 premiers mètres.


Combien coûte l'ascension du Chachani ?

Nous avons acheté le trek via une agence lamba près de la Plaza de Armas. Elle nous a vendu la prestation au même prix que l'agence spécialisée (dont nous avons oublié le nom) à laquelle nous nous sommes rendus pour prendre l'équipement : 300 soles / personne négocié 280. Cela inclut : pantalon, anorak, gants, tapis de sol, duvet et tente. Nous avons loué des chaussures de rando imperméables en plus pour 20 soles par personnes.


Quand peut-on grimper le Chachani ?

En théorie toute l'année. Mais si vous voulez grimper sans neige, visez les mois d'avril à mi-décembre. Comme dit plus haut, la pluie est tombée sur Arequipa lorsque nous sommes descendus. Il a ensuite plu tous les après-midi suivants... et nous pouvions apercevoir la cîme enneigée du Chachani depuis Arequipa !






1 commentaire:

  1. Merci pour ce sympathique récit et bravo pour votre performance! Tout ceci m'aidera pour ma propre tentative!
    Jean-Marc

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