jeudi 8 février 2018

"Mange, Prie, Aime" à la péruvienne

Après 3 jours de vie citadine à Lima, nous quittons la capitale par un énième bus de nuit en direction de la côte péruvienne nord, une région moins connue que le sud du pays et ses  célèbres trésors inca. Nous avons prévu de passer 10 jours dans la région, à profiter de la plage, des vagues et à découvrir tranquillement des sites pré-inca, après des semaines intenses dans la moitié sud.




Nous arrivons à Trujillo tôt dans la matinée. Nous sautons dans un microbus pour le village côtier de Huanchaco situé à 20 minutes. La région est en effervescence, les routes sont bordées de panneaux géants et des structures métalliques gigantesques sont en construction sur la plage : dans 4 jours, le Pape François foulera le sol sablonneux de Huanchaco et donnera une messe géante face à l'océan.


Chaque entreprise ou organisation locale y va de son message de bienvenue
Le Pape fait la une de toutes les gazettes
Pizza papale en édition limitée

Nous posons nos sacs dans une auberge recommandée chaudement par une allemande croisée à Cuzco il y a 10 jours. Nous ne sommes pas déçus : c'est un vrai havre de paix, de convivialite et de propreté. Nous prenons d'office 6 nuits. Elle est située presque face à l'océan, on entend le bruit des vagues dans la chambre. Les voyageurs ici sont tous occidentaux, et partagent les lieux avec 2 grosses tortues de terre et une famille de 3 magnifiques lapins au poil long et blanc. Des cours de yoga et de méditation sont proposés chaque jour. L'ambiance est calme et propice au repos, avec de confortables hamacs suspendus dans la court. On ne rencontrera pas beaucoup de péruviens ici, mais à part ça, on est ravi !



Petite court tranquilou
Espace chill à l'étage
Espace chill intérieur
Fidel Gato, le chat des proprio
Scène tortugopornographique

Nous arrivons ici avec 1 objectif : prendre soin de nous, avec des cours de surf et de yoga pour se remettre sportivement en forme.



Le village de Huanchaco

Après un delicieux petit déjeuner face à la mer, nous partons à la découverte du village. Il n'est pas très grand, pas spécialement joli et très paisible. Il a le charme de ces endroits qui vous semble quelconque au premier abord mais auquel on s'attache rapidement au fil des jours. Une ambiance simple, éloigné du tourisme global. Nous croisons peu de voyageurs occidentaux, seulement quelques vacanciers péruviens (ce sont les vacances d'été ici). Le weekend en revanche, les rues et la plage se remplissent des habitants de la grande ville voisine,Trujillo, venus se reposer après une semaine de boulot. Le village est réputé pour ses vagues propices au surf et permettant la pratique à tous niveaux. La plage est petite et pas très jolie. Elle souffre beaucoup du manque de conscience écologique des péruviens, qui y laissent bouteilles, papiers et sacs plastiques après s'être doré la pillule. Une vraie poubelle.
Les commerces ne sont pas légion mais on trouve de quoi cuisiner un peu. Un petit marché bien fourni en fruits, légumes et poisson, une petite fromagerie et une boulangerie. Le four de notre auberge ne marche pas, on devra donc attendre encore un peu pour se refaire de bonnes pizzas maison! Mais on se fera moultes guacamoles, un bon ceviche, et des salades de fruits gargantuesques !



Balade en bord de mer
La plage déserte (photo prise juste avant la messe papale)
Un surfeur qui s'échauffe
Un couple de fleurs tropicales vêtu
Coucher de soleil derrière 2 totora (canoë en roseaux)


Let's surf and do yoga !

Après quelques visites le jour de notre arrivée, nous trouvons l'école de surf qui correspond à nos attentes : Muchik Surf School. Elle est tenue par Chicho, une star du surf péruvien des années 1990s. Connu comme le loup blanc ici, il a fondé son école il y a 26 ans et s'est entouré d'une équipe de jeunes d'ici dingues de surf qui accompagnent les élèves dans l'eau. Alex ne part pas de rien : il a déjà dompté les vagues de Californie, d'Hossegor et du Sri Lanka. Il veut parfaire son style. Pour Charlotte, c'est une autre histoire. La glisse, ce n'est pas son truc et elle a la frousse des grosses vagues. Elle a taquiné les vaguelettes du Finistère Nord et de Lisbonne. Mais elle veut essayer sérieusement !

Nous prendrons au total 4 cours de 2h. A chaque fois, une courte partie théorique enseignée par Chicho. La technique est rôdée et les astuces de Chicho sont nombreuses. Pour se lever, il a une façon bien à lui, qui présente le grand avantage de ne pas épuiser les bras et les abdo ! Après la théorie , plouf dans l'eau, accompagné d'un jeune de l'école. Les gars de Chicho sont punchy, tous fan de surf et le pratiquent en compétition. Ils encouragent, corrigent, félicitent et aident à ramer dans l'eau quand nos propres bras commencent à fatiguer sérieusement. Alex surfe rapidement avec style, et s'aventure seul dans le "boqueron" tout à droite de la plage où les vagues déferlent avec force. Charlotte progresse à son petit rythme. Elle commence sur une planche qui relève plus d'un paddle. Mais elle parvient à prendre quelques vagues seules sur une longboard à l'issue des cours. Elle partage plusieurs cours avec une infirmière américaine travaillant actuellement dans une ONG à Trujillo : Brynn, souriante et blagueuse.
Les vagues sont assez régulières, surtout le matin, où les familles péruviennes sont moins nombreuses dans l'eau. Sur la partie droite, elles sont bien grosses. On y a pris quelques machines à laver tous les 2 ! On sort de chacune de ces sessions avec la banane, bien vannés (surtout le premier jour où on a fait plus de 2h dans l'eau après plusieurs mois sans sport!) et contents !




En fin de journée, on se détend et on souffle avec 1h de yoga, guidés par Casey, une jeune amie de la propriétaire des lieux, enseignante dans une école internationale à Lima. Perchés au 2ème étage, sur le toit de l'auberge, on entend le bruit des vagues contre les cailloux de la plage, qui rythment notre respiration. Divin.


Viva Francisco !

Difficile d'ignorer la visite du Pape depuis notre arrivée au Pérou en Décembre. On avait plutôt en tête d'éviter sa venue, pour ne pas être pris dans la foule et les embouteillages. Finalement, sans le vouloir, nous nous sommes retrouvés sur son chemin. Nous décidons donc de participer à la grande messe. L'occasion est trop belle : la messe est donnée à 20 minutes de notre auberge, entre Trujillo et Huanchaco. Nous nous levons donc le samedi, et nous mettons tranquillement en route une grosse heure avant la messe. Nous parvenons à nous approcher à moins de 50 mètres de l'autel papal. Entourés de péruviens d'1m50, et du haut de nos 1m80 et 1m90 nous avons une vue bien dégagée ! Il fait très très chaud. Certains sont là depuis 17h hier et ont prié toute la nuit...


Char transportant une statue de Saint local
Vierge péruvienne
On se faufile !

Le choeur de 150 personnes entonne des chants joyeux alors qu'une voix nous informe que le Pape vient d'atterrir à l'aéroport voisin. L'excitation monte. Les drapeaux papaux s'agitent. Les derniers chars avec statues de saints locaux s'installent à proximité de l'autel, aussi imposant que la scène d'un concert de Johnny Halliday. Et soudain ça y est, la papamobile arrive... On ne la voit pas mais elle commence à sillonner la foule de 200 000 personnes. Les chants galvanisent l'enthousiasme des croyants. Des ballons s'envolent. Et bientôt il s'approche de nous. Quelques mouvements de foule mais rien de violent. Tous veulent capturer cet instant avec leur smartphone. Ça chante, ça crie de joie, ça lève les bras. Le Pape nous salue en levant son bras droit. Il passe à quelques mètres. C'est l'euphorie.



La foule en délire

Le Pape dans sa papamobile supersonique
La grande scène
Une fidèle pleine d'amour
À son arrivée sur la scène / autel, les premiers mots du Pape déchaine la ferveur des croyants : "esa tierra sabe a Evangelio" ("cette terre à la saveur de l'Evangile"). Puis la messe commence, règlée comme du papier à musique. L'office durera 1h15 montre en main. Nous pourrons même tous communier ! Organisation incroyable. Le Pape semble fatigué. Il est au 5ème jour de sa tournée Chili - Pérou. L'évangile choisie illustre parfaitement le message d'espoir qui motive sa venue ici. Il s'agit de l'évangile des épouses qui attendent le retour de leur mari pour aller à la fête, sauf que toutes n'ont pas de réserve d'huile pour tenir toute l'attente. Une fois celui-ci arrivé, seules les prévoyantes pourront donc marcher dans la nuit avec leur lampe et assister aux réjouissances. Pendant l'homélie, le Pape dresse un parallèle entre cette huile et l'espérance, la générosité, la fraternité que les péruviens doivent continuer à cultiver pour faire face à toutes les catastrophes naturelles dont souffre la région. Ils doivent continuer à se tenir forts et prêts. Son homélie est claire et les messages d'espoir et d'entraide sont universels. Il insiste beaucoup sur les catastrophes naturelles dont souffre la région à cause du phénomène El Nino. El Nino est un phénomène climatique désignant le réchauffemenf des eaux du Pacifique Est, le long des côtes chiliennes et péruviennes, entre janvier et mars. Il a pour conséquence de raréfier les ressources poissonneuses pendant cette période du fait de la moindre densité en plancton des eaux trop tièdes. Aussi, l'air chaud, chargé en humidité, provoque des précipitations très fortes et des inondations sur ces côtes. C'est pour inciter les péruviens à ne pas baisser les bras qu'il a choisi de venir précisément ici. Il évoque également plus brièvement les violences conjugales et celles faites aux enfants ainsi que la corruption, autres plaies dont souffre le pays. Le Pape adapte ses messages en fonction des villes visitées. Lors de son passage à Lima, il parlera davantage de corruption et à Puerto Maldonado, en Amazonie, du respect et de la reconnaissance à l'égard des communautés indigènes dont les territoires diminuent chaque jour au profit des exploitations pétrolières notamment.


Selfie avec le Pape (loin derrière)

La messe terminée, les croyants s'éparpillent. Nous rentrons tranquillement chez nous, galvanisés par cette expérience rare. L'intensité de la cérémonie et les messages délivrés ont touché même les moins croyants. Les péruviens présents venaient de toute la moitié nord du pays. Certains étaient plus la pour voir le Pape comme on vient voir Johnny que motivés par leur foi, forcément. Nous réalisons aussi la chance que nous avons eue de pouvoir assister aussi simplement à cet évènement. Si la police était présente, les contrôles étaient légers. En France, nous aurions dû mettre plus de 3h à accéder à la célébration avec tous les contrôles de sécurité lié à vigipirate. On y serait probablement pas allé. Ce fut un magnifique moment, surtout à l'arrivée du Pape, une intensité rare. Toute cette joie... Nous ne sommes pas prêts d'oublier cette messe !



Il n'y a pas eu que les Incas au Pérou !

Gravure murale de pélican

Le Nord du pays offre aussi de beaux trésors pré-hispaniques : des sites archéologiques magnifiques datant de civilisations d'avant les incas. Les 2 civilisations les plus connues sont les Moche (100 - 700 ap JC) et les Chimu (1000 - 1470 ap JC). À 20 minutes en bus de Huanchaco se trouve le site de Chan Chan, la capitale de l'empire Chimu faite de remparts, palais et habitations en adobe (terre rouge mélangée avec du sable, des coquillages, du foin et des graviers). Cette ville s'étend sur 20 km carrés et hébergeait 30 000 habitants. Active entre 850 et 1470 ap JC, elle a été enfouie sous le sable avec le temps. Une petite partie a été révélée. Il s'agit de la citadelle construite par un des derniers seigneurs. Chaque seigneur construisait en effet sa citadelle, et y était enterré avec ses concubines et ses gardes (tous vivants) à sa mort. Le seigneur suivant devait construire sa nouvelle citadelle juste à côté d'où l'étendue du site, qui est constitué d'une dizaines de citadelles.
La ville que nous visitons est organisée en différentes sections : celle accessible au peuple, celles accessibles à l'armée, aux prêtres, et les quartiers de la famille seigneuriale. Les Chimu vivaient de la pêche et de l'agriculture. Les murs sont donc ornés de plantes et d'animaux qui illustrent ces coutumes. Leurs dieux étaient différents des incas. Le principal d'entre eux était la Lune, qui dirigeait les marées et dictait les saisons de semance et de récolte.



Des poissions jouant dans les vagues
Mur latéral de la court principale avec des écureils
Murs du quartier administratif avec motif de filet de pêche
Piscine sacrée où se reflettait la Lune

Cette visite nous initie donc à des trésors inconnus, qui peuplent le Nord du Pérou. Une civilisation savante qui connaissait déjà bien l'astronomie et l'agronomie, et totalement dominée et écrasée par les Incas à leur arrivée.


Ces 6 jours à Huanchaco sont riches en découvertes : sportives, papales, historiques. Malgré ces nombreuses activités, nous avons su aussi ne rien faire et profiter du calme de l'auberge en se balançant dans les hamacs un livre à la main. Nous avons eu l'occasion de discuter autour de diners avec les autres voyageurs, tous occidentaux et plus jeunes que nous. Quelques échanges sympathiques, sans belle rencontre toutefois, hormis la professeur de yoga, pleine de douceur et de bienveillance. Nous repartons boostés et sereins encore plus au Nord du pays.



Petit Jenga 
Bye bye auberge chérie


👌👌👌 Bons plans :

- le Atma Yoga Hostel : le meilleur hostel d'Amérique du Sud pour nous jusqu'ici. Calme, propre, avec parties communes conviviales. 67 soles la nuit pour une chambre double avec salle de bain. Cours de yoga et de méditation chaque jour à 7 soles
- Muchik Surf School : excellente école de surf dirigée par un champion péruvien. Cours particulier à 70 soles les 2h. Location de planche à 25 soles pour la journée
- le site pré inca de Chan Chan : à 20 minutes de Huanchaco en bus local. Entrée à 10 soles. Visite que l'on déconseille sans guide car il y a peu de cartels. Des guides attendent à l'entrée à 40 soles de l'heure. Se regouper avec d'autres touristes à l'entrée pour partager les frais.
- Otra Cosa : petit dejeuner gargantuesque et vegan pour 15-18 soles, largement reversés à une ONG
- bus cama Lima - Trujillo : 70 soles pour environ 10h de voyage avec Flores


👎👎👎 Mauvais plan :
Zéro ! C'était génial !!!

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