mardi 20 février 2018

Nos 5 jours en Amazonie dans une communauté indigène

Nous arrivons à Tena vers 15h30, après 1h30 de taxi et près de 6h de bus depuis Quito. C'est de Tena que nous rejoindrons la communauté Kichwa dans laquelle nous allons passer 5 jours, en pleine forêt amazonienne. 




Arrivée dans la moiteur de l'Amazonie


Le bus a bien roulé, mais arrivé à 30km de Tena, il s'est mis à s'arrêter tous les 30 mètres (littéralement) pour prendre et laisser descendre des passagers. Un peu comme un taxi. C'était l'heure de la sortie des classes, donc ça n'arrêtait pas. Chacun voulait ensuite être laissé devant sa porte, ce qui nous a un peu exaspéré.. Notre patience a des limites !
Nous avons donc le temps de savourer les paysages, de plus en plus verts et fournis de palmiers et autres arbres tropicaux. Le bus serpente dans les vallées. C'est 50 nuances de vert derrière nos fenêtres !
A la descente du bus, la chaleur est violente. Il fait très très chaud, autour de 35 degrés, et l'air est très humide. Tena est une ville sans charme, avec des constructions non terminées un peu partout. Les rues sont poussièreuses. Nous nous dirigeons vers la terminale de bus locale où nous cherchons un bus pour la communauté de Campo  Cancha, située à 50km de là (soit 1h30 de bus, ça ne roule pas vite ici, et la route goudronnée cède souvent place à de la piste). On nous dit que le prochain bus est à 18h30. 3h à transpirer dans cette fournaise au milieu des pots d'échappement... Alex nous dégotte un bus dans une autre compagnie, et nous voilà bientôt assis dans notre 3ème moyen de locomotion de la journée.

La température y est encore pire que dehors, le thermomètre indique 39 degrés... On espère que la clim va se mettre en route quand le bus va démarrer ! Un sympathique équatorien nommé Eduardo (Charlotte a bien retenu son nom, forcément!) entend que nous descendons a Campo Cancha. Il connait César, notre point de contact dans la communauté de Campo Cancha. Il se propose de nous indiquer quand descendre. Soudain, un autre homme monte dans le bus déjà plein et vient nous saluer. Il se présente brièvement : c'est le fameux César, qui nous prévient qu'il nous rejoindra un peu plus tard car il a à faire à Tena. Pas de souci, Eduardo nous accompagnera jusqu'aux cabanes. Le bus démarre, nous arriverons bientôt dans la jungle : nous sommes à la fois impatients et un peu anxieux. La nature sera forcément grandiose. Mais on sait que ça ne sera pas le grand luxe, et que nous devrons notamment faire usage de toutes nos armes contre les moustiques : spray pour la peau, pour les fringues, moustiquaires... et Malarone (médicament anti palu), dont les effets secondaires forts désagréables et fréquents sont redoutés de tous les voyageurs (migraines, nausées, diarrhées...).



Insecte inoffensif 1
Insecte inofensif 2

Comment nous retrouvons-nous là ?


L'Amazonie, c'est une aventure que nous voulions vivre depuis que l'idée de ce voyage est née. Nous aurions pu nous y attaquer par le Brésil ou le Pérou, mais il se trouve qu'elle est beaucoup plus accessible en Equateur, à quelques heures en bus de Quito. Nous nous sommes pas mal renseignés depuis quelques semaines. Notre volonté est double : découvrir la jungle avec sa faune et sa flore, et vivre en immersion dans une communauté indigène. Nous avons trouvé 2 formules dans notre budget :
- séjour en "eco lodge" : ce sont des cabanes avec confort regroupées au sein d'un complexe (parfois avec piscine, donc on ne comprend pas trop le "eco"...). Ces cabanes accueillent souvent des groupes larges qui partent découvrir la jungle ensemble. Sont également prévues des sessions dans des communautés indigènes voisines. Il y en a plusieurs vers Cuyabeno.
- séjour dans une communauté : celle-ci a mis sur pied un programme d'accueil de voyageurs et propose des activités sur les journées, proches de celles des eco-lodge, mais guidées par différentes personnes de la communauté. Le logement est spartiate (chambre avec 1 lit et 1 moustiquaire) et les voyageurs y sont généralement moins nombreux.

La 2ème option nous a semblé mieux répondre à nos objectifs et nous avons ainsi trouvé sur les internets 2 communautés partantes pour nous recevoir, par hasard dans le même coin. Les coordonnées sont en fin d'article. Nous avons choisi celle de César car plusieurs blogs récents de voyageurs faisaient les louanges de leur séjour chez lui, et il pouvait nous accueillir dès le soir de notre arrivée à Tena. Ouvert, désireux de partager la culture Kichwa, et d'aider sa communauté via un projet durable, il nous a semblé être le bon hôte.


La communauté Kichwa de Campo Cancha


Le bus nous dépose au bord de la piste et nous descendons avec Eduardo. Après 15 minutes de marche avec nos sacs sur le dos, nous arrivons aux cabanes où nous accueille une jeune fille blonde, pas trop du coin visiblement. C'est Anouk, une volontaire hollandaise présente depuis 1 mois aux cabanes. Elle nous présente notre chambre. Un lit, une moustiquaire et une salle de bain avec douche froide (tant mieux on crève de chaud!), dans une cabane un peu vieillotte. On saute dans la douche et rejoignons la hollandaise dans les hamacs. Nous sommes le 2ème couple de voyageurs qu'elle voit en 1 mois. Il y a peu de monde ici en ce moment. Elle est scènographe de musée aux Pays-Bas. Elle est venue ici pour aider César et la communauté à bâtir un musée qui témoignerait de la culture Kichwa. Elle donne aussi des cours d'anglais dans l'école de la communauté. Elle est très heureuse ici, au calme. Le contact avec César passe bien. Elle est ravie car c'est une passionnée de cultures indigènes. Elle a déjà passé pas mal de temps au Surinam immergée dans une communauté également. 

La cabane principale
Le salon tout confort
Illico Alex se fait un nouvel ami
Les chambres
Nous nous assoupissons dans les hamacs en attendant le retour de César. Charlotte a une bonne migraine, qui a commencé doucement ce matin, et probablement empirée par la Malarone.
Finalement, vers 19h30, César pointe son nez. Il a sous le bras une nouvelle volontaire, qu'il a récupéré à Tena et dont le bus avait du retard. Elle a l'air un peu pommée : elle a 18 ans, elle est autrichienne et voyage seule pour apprendre l'espagnol dont elle ne comprend que quelques bribes pour l'instant. César a ramené de petits Tilapia (poissons locaux) que les filles cuisinent avec du riz, des bananes plantins et du yuca (=
manioc). Nous partageons un savoureux dîner tous les 5. 
César est plutôt bavard. Il nous parle de sa communauté et de son projet d'éco-tourisme. 460 personnes vivent là. Ils se partagent un morceau de terre assez vaste, octroyée par le gouvernement à la fin des années 1990. Ça ne ressemble pas à un village : les cabanes de chacun sont très espacées. Aussi, les Kichwa ne sont pas de petits indiens comme celui qui était dans la ville. Ils sont vêtus de jeans et de tshirts et portent tongs ou tennis. Chaque famille a beaucoup d'enfants. Ils étaient 7 enfants dans la famille de César. Rosita, la jeune cuisinière de 21 ans qui viendra prêter main forte les jours suivants, en a 10. La communauté comporte une école (de la maternelle jusqu'au lycée), et un centre de soin. Il n'y a plus de chaman depuis quelques années. Un vieillard, que nous rencontrerons, est expert en plantes médicinales et permet d'apporter quelques soins. Tous ou presque travaillent dans les champs où ils cultivent 2 des 4 uniques composants de leur alimentation : la banane et le yuca, qu'ils déclinent sous toutes les formes (cru, frit, à la vapeur, en boisson). Ils achètent le riz en ville et ont tous une tripotée de poulets.
Le projet de César est né il y a une quinzaine d'années. Il devait être aidé par des subventions gouvernementales dont il n'a jamais vu la couleur. Il a donc construit les cabanes tout seul, aidé un peu par ses frères. L'idée était qu'une (grande) partie des recettes bénéficie à la communauté. Mais cela n'a pas été très clair pour nous. Il a rencontré lors d'une conférence environnementale une française avec laquelle il a eu une fille il y a une petite dizaine d'années, et dont il s'est séparé. Elles vivent toutes les 2 en France. C'est pourquoi la page web de ses cabanes est en français, et que beaucoup de voyageurs français passent par ici, comme nous le constaterons plus tard.
Le repas terminé, nous discutons avec César du programme des 4 jours à venir. Nous nous décidons à passer 2 jours dans la jungle avec une nuit à la belle étoile, dès le lendemain. Charlotte est rassurée par le fait qu'un abri nous attend dans le lieu de camp, nous serons donc pas trempés en cas d'averse. Les 2 autres jours se feront dans le coin : 1 jour en pirogue et 1 jour à participer à diverses activités dans la communauté. 



Deux jours sous la canopée

Nous nous réveillons le lendemain autour d'un petit déjeuner typique : purée de yuca et purée de banane. On se dit que 5 jours comme ça, ça va être lassant (et ça le sera...). César est parti tôt à Tena. Nous randonnerons avec son frère et Sylvestro, un autre natif sourd et muet.
Nous prenons avec nous hamacs, moustiquaires, sacs à viande, ponchi et une tenue de rechange. Nous chaussons nos bottes et c'est parti ! Anouk est de la partie. Nous laissons donc la petite Flora seule aux cabanes.
Après 1h de marche sur le bord de la route et en pleine fournaise, nous pénétrons enfin dans la forêt. Il s'agit d'une large parcelle d'Amazonie dont est propriétaire et gardien la communauté. Les arbres sont hauts, pas mal de lianes. On est protégé du soleil donc nous ne devons plus que supporter l'humidité. Ça monte et ça descend pas mal. C'est plutôt sportif. Ernesto nous régale d'histoires et s'arrête à plusieurs reprises pour nous parler de la flore. On croise des arbres a caoutchouc, de la cannelle, pas mal de plantes médicinales dont nous avons oublié le nom ! Contrairement à ce que nous pensions, il y a, ici en tout cas, peu d'arbres centenaires. On en croise quelques uns quand même. Il y a beaucoup d'arbres à racines aériennes. Côté faune, nous ne verrons pas grand chose à part des insectes et un petit serpent. Nous faisons trop de bruit et il est aussi tard. Nous entendrons des toucans dont le claquement de bec est reconnaissable, mais nous ne pourrons les voir tellement les feuillages sont denses et hauts. 


Torrent tropical
Plusieurs arbres entremêlés
Un bon sac de noeuds
Pause déjeuner avec la salade dans les feuilles de bananier
Encore un bon gros arbre
Splosh splosh
On s'hydrate avec l'eau de pluie filtrée dans le bois
Et on marche, et on marche...

Ernesto, qui a une 50aine d'années, n'a jamais été plus loin que Tena, sauf pour son service militaire. Il est célibataire. Il nous raconte qu'avant, il chassait les singes en grimpant aux arbres, mais maintenant c'est interdit. Ils mangeaient du singe aux mariages. Une fois, il est tombé de plusieurs mètres sur le dos car la branche a craqué. Il a passé 2 mois a l'hôpital. Pendant notre marche, il nous fait part d'une douleur aux dents qu'il a depuis quelques temps. Il a pris rdv chez le dentiste à Tena. Il a un doute sur la source de ce mal : il y a peu, quelqu'un dans la communeauté s'est fait mordre par un serpent et, pour aider, il a aspiré (puis recraché) le venin... Une autre vie !
Nous arrivons en milieu d'après-midi au campement, au bord d'un ruisseau dans lequel nous ne tardons pas à nous baigner. Alex tente de faire Tarzan avec une liane qui romp sous son poids. C'est le gros plouf dans la flotte, avec tous les branchages et la terre qui va avec...



La mûle
L'abri est bien conçu, avec un plancher surélevé pour ne pas mettre de matelas à même le sol. Nous préfèrons installer nos hamacs. Pas sûr que l'abri supporte le poids de nous 3. Ni une, ni deux, Ernesto va tailler 2 poteaux en bois pour renforcer la structure. Avec Sylvestro, ils nous mijotent un petit repas (a base de riz, banane et yuca). Le plat est agrémenté de champignons cueillis en chemin, vous savez c'est ce type de champignon qui fleuri sur des troncs moisis... Ici il y en a des grands blancs tout plat, qu'ils mangent ! Alex se régale, Charlotte goûte du bout des lèvres. Beurk ! Nous terminons avec une petite infusion à la cannelle cueillie en chemin. Nous écoutons les anecdotes d'Ernesto puis nous affalons dans nos hamacs. La joyeuse cacophonie des petits bruits de la jungle nous renvoie à nos rêves d'enfant, tels le Livre de la jungle ou Indiana Jones. Il y en a des dizaines de différents : bruits des insectes, oiseaux, de l'eau... L'expérience est unique. 


Le campement
La salle à manger

Le lendemain, nous nous réveillons le cul en l'air. L'abri a bien tenu. Ernesto et Sylvestro ont été cueillir des coeurs de palmier qu'ils nous font en omelette pour le petit dej. Pas de café, mais une infusion de huayasa, qui contient plus de caféine qu'un petit noir ! Autre touche locale : des larves recueillies ce matin et cuites dans une feuille de bananier. Alex, qui commence à souffrir de sous-nutrition, se jette dessus. Elles sont aussi grosses qu'un pouce... Charlotte passe son tour.
Nous levons le camp vers 10h, et attaquons le retour... qui est beaucoup plus hard que l'aller. Ça monte, ça monte... et ça pleut, ça pleut. Heureusement la canopée nous protège. Charlotte commence à être un peu saoulée. En plus, sa botte droite est trouée. On  ne nous avait pas vraiment prévenu de l'effort.  On s'arrête en chemin pour faire des provisions de fruits tropicaux. Sylvestro élabore une perche pour secouer le feuillage du palmier, la grappe ne tarde pas à tomber. 



Des lianes
Encore du vert
Une cabosse de cacaoyer
Plante tropicale plutôt jolie
Une plante parasite

Après une bonne ascension, nous parvenons à un magnifique point de vue sur toute la région. Nous voyons la jungle du dessus, à perte de vue, avec le rio Napo, affluent de l'Amazone, qui fait des boucles au loin. Nous cassons la croûte dans nos feuilles de bananier. Le brouillard qui cachait en partie la vue se dissipe et se déploie sous nos yeux une image de rêve que nous ne sommes pas près d'oublier.


Une vue
Une autre vue
Le fleuve Napo au loin

Nous reprenons la route : ça descend et ça glisse dans la gadoue. Nous sommes de retour aux cabanes en 1h30, vannés, trempés de sueur et de pluie, sentant le feu de bois à 5 mètres.... mais heureux !

Nous sommes accueillis par une tablée de... frouzes ! C'est le débarquement ! 8 français sont en train de prendre le café. Les cabanes, désertes jusqu'ici, se sont bien remplies. Pas le temps de niaiser : à peine sortis de la douche, nous sommes conviés à participer à un atelier de fabrication de chocolat avec nos 8 compatriotes. Charlotte se roule parterre.
Plusieurs cacoyers poussent autour des cabanes. César cueille des cabosses et, après plusieurs étapes, nous obtenons chacun une savoureuse tablette !



Des cabosses
Les fèves qui rôtissent
Le broyage des fèves
La tablette en formation

Les autres frouzes partent ensuite jouer au foot avec des jeunes de la communauté. Nous en profitons pour souffler un peu dans l'harmonica et gratter le ukelele. Ils rentrent pour l'apero et nous entamons la discussion avec eux. Ils sont arrivés à 15h la veille et il n'y avait personne sauf Flora aux cabanes, malgré le fait qu'ils aient prévenu. César s'est pointé comme une fleur à 18-19h, sans rien dire. Le bonhomme ne fait pas l'unanimité.
Le groupe, qui n'en est pas un (ils ne se connaissent pas tous), est plutôt sympathique :
- Hugo et sa copine, 2 jeunes nantais en congés sabbatiques
- la mère de Hugo et son beau-père, venus les rejoindre pour 3 semaines
- Alban et Timothée, 2 jeunes architectes de Saint Etienne, qui vont de Bogota à Ushuaia en... 4 mois !
- Delphine et Ludovic, la 40aine passée, venus en Equateur pour s'installer. Nous passerons les 2 prochains jours avec eux.
Nous sommes 10 voyageurs pommés dans la jungle... et tous français. Cela ravive chez nous un mystère que nous tentons d'expliquer de façon rationnelle dans cet article.



On pagaie on pagaie, où t'as mis la pagaie...


L'ami César
Un fier matelot
La rive du fleuve

Au programme du 3ème jour : un grand tour en pirogue (à moteur) sur le rio Napo. Nous sommes avec Delphine et Ludovic, accompagné par César et conduit par Wellington, le chauffeur de pirogue officiel de la communauté.
Nous faisons un premier stop au parc Amazoonico, qui est une réserve qui reçoit du gouvernement des animaux braconnés et retrouvés dans des circonstances toutes plus bizarres les unes que les autres. Le personnel (une équipe de 15 jeunes volontaires, le fondateur et un vétérinaire) prend soin des animaux dans le but de les remettre en liberté. Hélas, certains blessés (parfois volontairement) ou trop domestiqués ont perdu leur instinct de survie. Ils ne peuvent donc pas être relachés, car ils ne survivraient pas. Comme Esmeralda, cette femelle anaconda de 5m qui ne croque même pas les poissons de son geand aquarium. Comme ces couples d'aras dont certains ont eu leurs ailes coupés par leurs propriétaires (pour ne pas qu'ils s'envolent). Nous écoutons attentifs, captivés même et tristes les histoires de chacun d'entre eux. Cette femelle ocelot retrouvée dans un riche appartement de Quito. Ces toucans retrouvés dans le coffre d'un bus... Certains animaux, comme des singes, seront bientôt relâchés. Mais il faut un suivi de 3 ans pour les sevrer complètement de la main humaine qui les nourrit. Nous sommes éblouis et émus par cette visite.


Le beau toucan
Le beau perroquet
Un pauvre singe mutilé au regard qui fend le coeur
Un ocelot femelle
Nous remontons dans notre barque et nous arrêtons sur une petite île où nous observons un petit troupeau de caïmans sauvages. Ils n'ont pas l'air comodes, quand on les regarde dans les yeux ! Nous apprenons aussi à nous servir d'une sarbacane traditionnelle de 2 mètres avec laquelle les Kichwa chassaient jusqu'à il y a peu. Seules Charlotte et Delphine décrochent la médaille de chasseuse en mettant la flèche dans le mille !


Un caïman qui rode
Le véloce a attrappé le morceau de poulet
On joue à l'indien
Charlotte dans son pyjama
Presque dans le mille !

Nous reprenons la pirogue pour nous arrêter chez 2 artisans. L'une fabrique des poteries en terre cuite et nous en fait la démonstration. L'autre fait en quelques mouvements de belles statues en bois de balsa, d'animaux surtout, qu'il peint ensuite. Ce bois est le plus léger au monde, 2 fois moins dense que le liège ! Il pousse exclusivement dans la zone équatorienne d'Amérique du Sud. Et il pousse vite : jusqu'à 6 mètres rien que sur sa première année ! Les visites sont intéressantes, authentiques et sans aucun objectif marchand. Nous assistons curieux aux discussions de tout ce monde qui ne parle que Kichwa entre eux. A l'école d'ailleurs, les 2 langues sont pratiquées.



Petite démo de poterie

Le retour au village prend plus de temps que prévu. L'ami Wellington est parti et ne revient pas. C'est l'heure du déjeuner et de la sieste... Il s'est barré tout simplement. Nous poireautons 1h30 autour de bières offertes par César. Nous discutons longuement avec Delphine et Ludovic, dont le but du voyage est bien différent du nôtre.
Ils se sont connus il y a quelques années en France. Delphine revenait du Canada où elle avait fait carrière jusqu'à un beau poste en logistique. Ludovic travaillait comme technicien chez Air France. Ils sont partis en vacances à Bali en se disant qu'en revenant ils changeraient d'air. Ils ont finalement trouvé là-bas, à Bali, sur Gili Air, une petite auberge à reprendre, qu'ils ont mené au top pendant 2 ans, avec un taux d'occupation record et la palme "coup de coeur" du Lonely Planet. Ils ont tout fait eux même : rénovation, service...  Mais le vent tournant en Indonésie (changement politique, instabilité économique), ils ont revendu il y a 6 mois. Objectif : s'installer dans un pays plus stable et plus affinitaire culturellement. Ce sera en Amérique latine. Ils ont passé 5 mois à Madrid en cours d'espagnol intensif, pendant qu'ils étudiaient studieusement la situation économique et politique de chaque pays du continent. Ils choisissent l'Equateur, stable politiquement depuis peu (une dizaine d'année), stable économiquement depuis 2000 avec la dollarisation de leur économie, et dont le potentiel touristique n'est pas encore exploité. Ils ont donc débarqué début janvier dans le pays, qu'ils vont sillonner pendant 3 mois, à la recherche du bon lieu pour s'installer ! Pour l'instant, la ville d'Otavalo dans le nord est un coup de coeur pour eux, ce qui nous décide à y faire étape plus tard ! Bref, une histoire pleine d'audace, passionnante et inspirante ! Qui sait où ils atterriront finalement !



Des courges dont la coque séchée sert de récipient

Cette attente n'est pas désagréable, au contraire, pour nous. César, lui, est un peu énervé contre son ami qui se pointe avec le sourire aux lèvres et sans la moindre excuse. Nous revenons tranquilement aux cabanes où la pompe à eau s'est cassée... Les douches sont donc limitées jusqu'à réparation. Oups ! Nous déjeunons un énième riz-banane-yuca sans la moindre trace de protéine. Les gars commencent à mourrir de faim. Nous faisons un aller-retour à la petite tienda (boutique) de la communeauté où nous faisons des provisions de BN locaux et de Doritos. Après quelques réclamations, nous aurons du poulet au dîner !
César, qui a disparu depuis notre retour de la pirogue, nous rejoint pour la tisane. Nous lui demandons le debrief du referendum qui a eu lieu aujourd'hui. Les citoyens étaient appelés aux urnes pour répondre à 7 questions dont 5 concernaient une modification de la constitution. Toute abstention était punie de 90 dollars d'amende, avec plusieurs impossibilités comme de contracter un crédit. Les thèmes allaient du durcissement des sanctions contre toute personne impliquée dans des actes de corruption, à la limitation des mandats en passant par le durcissement des sanctions contre les délits et les violences sexuels sur les enfants et les adolescents, et l’interdiction des activités minières dans les zones protégées et les centres urbains. Enfin, une question proposait de réduire la zone d’exploitation pétrolière du parc naturel protégé de Yasuni. C'est le oui qui l'a emporté, signifiant l'impossibilité pour l'ex-président Rafael Correa, au pouvoir pendant 3 mandats jusqu'en 2017,  de se représenter. Une belle quenelle du présent actuel Lenin Moreno, qui était son vice-président ! C'est le oui qui l'a emporté à Campo Cancha aussi. Mais César tient des propos incohérents, disant par exemple qu'avec ce referendum, les femmes auront davantage de droits et que les hommes ne pourront plus le reprocher qioi que ce soit. Il prétend aussi que la question au sujet de la réserve de Yasuni vise en fait à étendre les zones exploitables par l'industrie pétrolière... On commence à trouver le bonhomme un peu bizarre.


La vie indigène, zero contrainte, full relax


Le lendemain, César doit de nouveau se rendre à Tena pour cette histoire de pompe à eau. C'est un de ses amis de la communauté qui doit passer la journée avec nous. Nous attendons presque 1h, mais le gars ne se pointe pas. Anouk se dévoue pour nous accompagner à l'école, à 30 minutes à pied des cabanes (sous plus de 30 degrés, ça semble beaucoup plus long!). Nous croisons El galo, qui devait être notre guide, en chemin. Il est encore bourré de la veille. Il nous sourrit béatement sans s'excuser. Anouk lui explique que ce n'est pas son rôle. Il s'en va tranquillement...
A l'école, les grands sont en examen national. Nous partageons donc quelques moments avec une classe de maternelle et une de primaire. Nous jouons avec les plus jeunes pendant que la professeur nous explique sa pédagogie et les ateliers mis en place. L'école est théoriquement obligatoire. Leurs parents sont aux champs et ont d'autres préoccupation. Anouk nous raconte que les professeurs ne forcent pas les élèves à venir dans la classe. Ainsi les élèves vont et viennent quand ils veulent. S'ils préfèrent rester dehors, pourquoi pas ! Une sorte de Montessori finalement. Nous sommes témoins d'une  "classe verte" où de jeunes enfants apprennent à semer des plantes. Ils manient une machette de 50 cm sans grande attention de la professeure... Le niveau, on s'en doute, est bas. Il y a peu de moyen pour former les professeurs. Anouk nous parle des cours d'anglais qu'elle donne à l'école. Lors du premier, elle s'est adressé à la professeur en anglais : "Hello, how do you do?". Celle-ci n'a rien compris. L'anglais est enseigné avec la prononciation espagnole. "The chair" donne "té tchaïre"... 



L'école
Contrôle de "culture esthétique"
Classe de CP-CE1 avec la soeur de César
Charlotte et sa nouvelle copine

Nous allons ensuite toquer à la porte de la maison du médecin de la communauté, afin qu'il nous fasse visiter son jardin garni de plantes médicinales à partir desquelles il soigne les malades. Personne ne répond. Le vieil homme n'est pas là, bien que César l'a supposément prévenu. C'est la deuxième déconvenue de la journée. Nous devrons repasser plus tard. Nous regagnons nos cabanes pour y déjeuner, faute de disponibilité de famille pour nous accueillir (ce qui était prevu...). Inutile de décrire le menu...César refait alors son apparition, sans pour autant nous adresser la parole, malgré les déconvenues du matin dont l'a informé Anouk.

Dans l'après-midi, nous rendons visite à une soeur de César qui prépare la boisson typique Kichwa : la "chicha" de ... yuca ! Encore elle ! Sa fille nous emmène dans un champs pour récolter des racines. Celle-ci sont ensuite cuites plusieurs heures au feu de bois dans une marmite d'eau. Puis les racines sont réduites en purée dans un grand récipient en bois (fabriqué par Ernesto, qui vit avec sa soeur). La purée est ensuite placée au "frais" (dans un placard à l'abri du soleil) pendant plusieurs heures. Le tout fermente et se liquéfie. Ça donne une boisson sans goût, si ce n'est celui d'un liquide qui a tourné, avec une note alcoolisée. Les Kichwa en boivent le matin, le midi et le soir. Petits et grands. Ainsi les enfants boivent un peu d'alcool très jeunes.



Seule la racine du yuca est comestible
Une soeur de César nous reçoit dans sa cuisine dernier cri
Alex (qui a très chaud) et son ami poussin
Anouk et le chiot

Dernière activité de la journée : la descente du fleuve Napo sur un radeau. Cesar et Wellington confectionnent un sommaire canoë en armant ensemble 5 troncs de bois de balsa. Nous y grimpons avec Anouk, Delphine et Ludovic. Le courant est si fort qu'il est inutile de pagayer !
Nous faisons un stop chez le guérisseur/herboriste qui nous enseigne les bienfaits de plusieurs plantes coupées dans son jardin. C'est un petit vieillard attachant, qui nous propose de purifier chacun d'entre nous par un curieux cérémoniel. Il s'allume une cigarette, la retourne et nous fait une soufflette en agitant un bouquet de plantes médicinales au-dessus de nos têtes. Quand il sent des blocages chez l'un d'entre nous, il redouble d'effort (et de soufflettes) pour les dissiper. C'est un peu déstabilisant !



Ludovic se fait purifier
Nous remontons sur notre radeau et cherchons en chemin, avec des tamis, des pépites d'or. Nous trouverons plusieurs paillettes ! 


Ça pagaie
L'homme ravi
Charlotte pensive devant ces beaux paysages

Le soir, nous partageons un dernier dîner avec tous les français. Le reste du groupe, en expédition dans la jungle depuis 2 jours, vient de rentrer, vanné. Nous échangeons avec les plus jeunes sur nos pires expériences de voyage. La palme revient à Alban et Timothée qui ont failli perdre la vue un matin dans un bus de nuit. L'hôtesse a nettoyé les toilettes avec une bonne quantité de détergent volatile : tout le bus s'est mis à se frotter les yeux qui piquaient terriblement. Elle leur a conseillé d'ouvrir la clim à fond, ce qui n'a fait qu'empirer la situation. Ils sont finalement tous descendus !



Retour à la vie moderne

Nous quittons les cabanes le lendemain matin, direction Tena pour rejoindre Quito. Ces 5 jours en immersion nous ont beaucoup touché, même si toutes nos attentes n'ont pas été comblées du fait du manque d'hospitalité de notre hôte qui n'aura partagé qu'un repas avec nous! Très absent, il n'a, à aucun moment, évoqué les nombreux couacs du séjour. Nous savons que l'organisation d'une communauté indigène n'est pas celle d'une société française. Toutefois, César était peu bavard, hormis le premier soir. Les indigènes en communauté ne sont pas familiers des "obligations" et ne travaillent (= vont au champ) que lorsqu'ils n'ont plus à manger. Cela explique les lapins qui ont été posés à plusieurs reprises. Mais nous avons aussi eu le sentiment que les autres membres de la communauté faisaient tous faux bond à César peut être parce que les recettes des cabanes ne sont pas justement partagées ? Nous avons trouvé le personnage assez égocentré et misogyne. Il parlait très mal à Anouk, la volontaire, qui faisait pourtant tourner les cabanes... Flora, la nouvelle volontaire arrivée en même temps que nous, s'est vraiment trouvée livrée à elle-même. Elle s'est même faite dévorée par des punaises de lit et César s'en tamponnait ! Elle a donc décidé de repartir illico... Tous les frouzes présents partageaient cet étonnement concernant le comportement de César, très différent de ce qui ressort sur internet. Peut-être traversait-il des moments difficiles ? C'est dommage, car nous souhaitions plus interragir avec la communauté, même si les 2 jours avec Sylvestro et Ernesto dans la jungle ont déjà permis un bel échange.
Côté nature, nous n'avons pas vu d'anaconda ou de jaguar ni même de toucan en liberté. Nous savions qu'il fallait s'avancer beaucoup plus loin vers la frontière brésilienne et partir seuls à 2 avec un guide pour voir la faune au lever du jour, ce qui supposait un autre budget. Nous repartons néanmois avec de magnifiques images et des petits bruits plein la tête. Les photos rendent insuffisamment justice à la beauté et à l'isolement du lieu. Enfin, ce séjour nous a offert de belles recontres : nous avons passé de bons moments avec Anouk et les frouzes, aux parcours aussi diverses qu'intéressants.



👌👌👌 Bon plan :

- Nous ne recommandons pas les cabanas de César (Nanambiiki : http://www.amazanga.org/intro_cab.html) mais plus celles de la communeauté de RICANCIE. Il s'agit d'un projet plus récent et de gens très réactifs avec lesquels nous avons eu de bons échanges. Les tarifs sont proches des cabanes de César à savoir autour de 200$ par personne pour 4 jours tout compris. Le contact : 
ricancie2@hotmail.com

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