jeudi 8 mars 2018

Au royaume du café colombien


Après la découverte du sud de la Colombie, direction la "zona cafetera", autrement dit la région où se produit principalement le café colombien. Nous prévoyons d'y passer 3 jours, pour profiter des paysages uniques qu'offre ce territoire au centre de la Colombie.



Une fois de plus, le périple est plus long que prévu. Nous empruntons au total 4 moyens de transport différents, pour un trajet de 15h (mais uniquement 450 km...). Nous commençons par un taxi collectif de San Agustin à Pitalito, puis, surprise, on nous informe que nous devons changer de véhicule à Pitalito et monter dans un mini van jusque Neiva. Arrivés là, nous prenons un autre mini van pour Armenia. Nous patientons 1h dans la terminale de bus de Neiva et en profitons pour déjeuner dans une chaleur étouffante (pas loin de 40 degrés) et au milieu des stands de friture. Après 8h de voyage et pas mal de virages serrés dans la Cordillère centrale, nous arrivons à Armenia à 22h. Il n'y a plus de bus pour notre destination, Salento. Epuisés par ce voyage interminable et pas vraiment tentés par une nuit dans la ville a priori sans charme d'Armenia, nous craquons pour un taxi. Nous négocions âprement. Le prix de départ est de 70 000 COP (20 euros). Nous montons dedans pour 50 000 COP. Soit disant il y a 45 min jusque Salento. En 25 minutes nous y sommes. Les rues de Salento sont désertes. Pas une auberge en vue. Tout est fermé... Dans  une perpendiculaire à la rue principale,nous trouvons quelques jeunes colombiens qui glandouillent devant une entrée éclairée. Une auberge ! Banco ! Le taximètre, que le chauffeur a laissé tourner, indique 35 000 COP. Tant pis, il est 23h. On lui file ses biftons et on va direct se coucher.


Reportage intéressant diffusé à la TV à la gare routière de Neiva

Le lendemain, on est tout cassé. Nous ouvrons la porte de notre chambre et découvrons une auberge plutôt agréable avec un grand jardin, du bois partout et des plantes partout aussi ! Seul hic, c'est un peu cher (70 000 COP soient 20 euros). On fait donc nos sacs en vue du check out. Alex fait le tour des auberges, mais ne trouve rien de mieux : tout est plein ou plus cher... Nous sommes samedi et Salento est une destination très prisée le weekend. Des colombiens viennent de Medellin et de Bogota pour un séjour au vert. Nous reprenons donc 2 nuits et défaisons nos sacs tout juste fermés !



L'auberge Estrella de Agua

Avec notre périple de la veille, nous n'avons même pas diné ! Sacrilège ! Alex est dans un état... Surtout que dans notre auberge à San Agustin, la salle de bain était équipée d'une balance. On est monté dessus... et là ... On a découvert que Charlotte avait perdu 3 kilos depuis le départ, et Alex 7 ! OMG 😨 Alex est devenu un homme sous nutri ! Alerte 📣🚑😫 Il en a fait tout un fromage, accusant Charlotte de le rationner et de lui faire sauter trop de repas... Sa situation devenait préoccupante. En fait non, pas de drame sanitaire : Alex a bien un IMC (indice de masse corporelle) normal, de presque 20 (ie supérieur à 18 qui est la limite basse). Charlotte est tombée, elle, en insuffisance pondérale, avec un IMC inférieur à 17 ! Elle pourra donc s'envoyer moultes raclettes, fondues et fondants au chocolat en rentrant !!!


Au bord de la dénutrition, nous cheminons donc jusqu'à un petit café charmant à la décoration dans le style scandinave. L'accent français de la propriétaire des lieux  ne nous étonne pas ! Nous savourons un petit déjeuner gourmand mais insuffisammant copieux pour Alex à base de scones, tartines de pain fait maison (un régal car en Colombie tous les pains sont sucrés et fourrés) et de jus ananas-gingembre-céléri.
Après un rapide tour dans le village, avec arrêts au mirador et dans quelques boutiques d'artisanat, nous profitons de la journée pour ne rien faire. Ces premiers jours en Colombie nous épuisent du fait des longues heures de bus. Nous glandouillons donc sur la terrasse de l'auberge, bercés dans les hamacs. On en profite pour écrire notre journal, appeler les parents. 



Pause cosy au KFée
Yummy : scone et tartine de pain maison avec guacamole
Façade colorée
Encore une
Rue principale
Façade fleurie et colorée 
Façade moutarde
Un homme pensif au mirador

Nous papotons avec un français du Jura de 23 ans qui s'est lancé le défi de faire Baranquilla (nord de la Colombie) - Ushuaia à vélo. Prothésiste dentaire, il nous parle de son cabinet qui suit son itinéraire sur un grand poster installé dans leur salle de réunion. Il nous file quelques bons tuyaux pour la randonnée dans la vallée de la Cocora que nous ferons le lendemain. Nous discutons aussi avec un couple d'argentins de Buenos Aires, qui vont régulièrement à Humahuaca... et séjournent à la Humahuacasa, où nous avons fait notre volontariat fin Novembre ! Ils connaissent bien eux aussi Paula et Juan ! What a small world !

Le lendemain, lever aux aurores à 6h pour la réputée vallée de Cocora, avec ses majestueux palmiers de cire. Avant cela, nous devons à nouveau faire nos sacs pour changer de chambre car celle que nous occupons a été réservée avant notre venue. Pour Cocora, nous avons déjà nos bracelets d'entrée, filés par le cycliste français de la veille. Après 30 minutes de Jeep (sur un route parfaitement asphaltée...), nous nous présentons à la sortie de la rando et non à l'entrée, sur ses conseils. Nous prétendons avoir acheté les billets au guichet de l'entrée et avoir entendu qu'il était plus simple de faire la rando à l'envers. Charlotte est un peu stressée par ce mini larcin, mais elle concède dans le fond qu'il est abusé de faire payer l'entrée d'une balade en nature où n'est fourni aucun service pas même des toilettes. Le jeune colombien au guichet de sortie est un peu dubitatif mais nous croit finalement. On économise ainsi 6000 pesos (un peu moins de 2 euros mais le prix de 2 cafés).


En route dans la Jeep !

Nous commençons la rando par la magnifique vallée avec ses gigantesques palmiers. Il fait un temps dégagé et la lumière du matin, qui éclaire la verte vallée, sublime le spectacle. Nous sommes presque seuls car tous les touristes font la balade dans l'autre sens ! Nous poursuivons ensuite en montée vers une finca fleurie avant de resdescendre et de longer une petite rivière que nous traversons plusieurs fois sur des passerelles en mode Indiana Jones. La flore est magnifique. Nous faisons l'impasse sur la réserve des colibris pour laquelle il faut débourser 5000 pesos. Nous faisons bien car nous en verrons des dizaines totalement gratuits un peu plus tard dans le voyage, à Minca. Nous finissons la rando en 4h et sommes de retour à l'auberge en jeep avant la pluie, avec des belles images plein la tête. Cette rando nous a conquis, et commence à nous faire oublier les galères colombiennes passées.



Les fameux palmiers dans la verte vallée
Des cocotiers bien perchés
Petit selfie !
On prend de la hauteur
Un beau gosse prend la pose

Wahou ces palmiers !
La vallée et les profils des palmiers
Copaings !
De jeunes branches de pin
La vallée se couvre
Fleurs fleurs fleurs
Et re-fleurs
2 belles fleurs
On reprend son souffle après la montée
Indiana Jones
Et sa Jonette
Jungle
C'est beau la vie
Plante n°1000
Et la plus belle d'entre elles

Nous glandouillons encore un après-midi à l'auberge pour nous reposer. Charlotte se rend compte sur Instagram que Bertille, la fille d'une collègue de son père , est dans le coin. Elles ne se sont jamais vues. Nous passons la prendre à son auberge pour boire un café. À 22 ans, elle voyage seule en Amérique du Sud depuis plus de 4 mois. Elle nous raconte ses débuts difficiles de voyageuse en solo et ses expériences de volontariat un peu plus exotiques que la nôtre : dans un ashram chamanique, chez des ZADistes en Uruguay, chez un réalisateur chilien vegan et allumé, dans une école de tango à Buenos Aires... On s'est suivi pendant 4 mois et nos chemins se croisent ici. On passe un très bon moment avec elle; elle nous surprend par sa maturité malgré son relativement jeune âge.
Salento est pour nous un lieu de rencontres improbables car  nous recroisons un soir dans l'auberge une tête familière croisée plusieurs fois en Bolivie il y a presque 3 mois : Louis, un jeune lyonnais, avec qui nous avions échangé à la gare routière de Sucre en attendant le bus pour la Paz. Nous l'avions vu à Tupiza, Uyuni, Sucre et la Paz puis nous avions pris des chemins différents.



Avec Bertille

Notre 3ème et dernier jour à Salento commence par une classique prépaparation des sacs, pour faire un vrai check-out cette fois-ci. Nous nous dirigeons ensuite vers la finca Momota qui nous a été vivement conseillée par la française chez qui nous avons petit déjeuné 2 jours plus tôt. La localisation de  l'endroit n'est pas très claire sur Maps.me (notre carte gps sur portable) et Alex nous entraîne en dehors du village, en contrebas. Après 30 minutes de marche, nous comprenons que nous faisons fausse route et rebroussons chemin à la va-vite en montée car la visite commence dans 10 minutes. Nous revenons au village où Charlotte demande son chemin (Alex n'ose jamais le faire... truc de mec!). Nous arrivons exténués à 9h15 dans la plantation de café. Carla, la catalane qui a racheté la plantation il y a 3 ans, est en pleine explication mais nous accueille chaleureusement malgré la taille conséquente du groupe. C'est parti pour plus de 4h d'immersion dans le monde du café.



La plantation Momota

Une finca désigne un domaine, une ferme. Celle de Carla s'étend sur les flans de collines juste à la sortie de Salento. Une plantation escarpée, avec une particularité : la permaculture. Dans les champs de Carla, on trouve des plants d'arabica, de robusta, tout plein d'autres plantes comme des bananiers, papayers, avocatiers... et même des palmiers à cire ! Carla nous explique avec passion comment toutes ces plantes se nourrissent les unes des autres, limitant ainsi l'apport d'adjuvant à du compost et du charbon. Elle travaille aussi avec un biologiste qui lui a conseillé des engrais naturels à base de bactéries, permettant notamment de limiter l'infection des plants par des champignons, principal problème de la culture du café.


Plan d'arabica
Plan hybride
Fleurs de café
Plan zoomé
Un grain de café mur pour la cueillette (rouge)

Achetée il y a 3 ans, la plantation sera intégralement replantée par étapes d'ici un an, pour améliorer son rendement et sa qualité. Carla va se concentrer sur la culture de l'arabica, le café le plus noble, et ne conserver que quelques plans de robusta et d'hybrides. Elle a planté de nombreux arbres dont le but est de faire de l'ombre aux plants d'arabica. Un vrai chantier ! La visite des champs se poursuit chez Carla qui a fait construire pour elle et sa famille une maison en bambou sur les hauteurs de la plantation. La maison ne semble pas terminée. C'est à la bonne franquette ! Elle nous parle du séchage des grains et de la torréfaction. Elle fait torréfier son café à plusieurs dizaines de km d'ici, chez quelqu'un de confiance car elle a entendu que dans le coin, certains torréfacteurs échangeaient du bon café par du moins bon : les cultivateurs ne récupéraient pas toujours les grains qu'ils avaient laissés ! Nous dégustons plusieurs cafés, torréfiés à différents niveaux, et préparés à la mode italienne (plus acide et plus concentré) et à la mode française (plus rond et plus fort).


On casse la coque et sort le grain

Des grains différemment torréfiés

Nous sortons de cette visite plus renseignés sur la culture du café, boostés par la belle énergie de la catalane Carla mais assez dubitatifs sur la durabilité de son business. Son discours passionné nous a médusé, mais nous peinons un peu à comprendre la durabilité de son affaire. Elle travaille dans la finca avec son conjoint avec lequelle elle a eu 2 enfants. Avec un prix du café, même de haute qualité, relativement bon marché (10 euros du kilo), et seulement 1 récolte par an de 2 tonnes maximum (vs 2 jusqu'à il y a quelques années, mais le changement climatique a bouleversé les saisons), on se dit que les visites doivent l'aider à mettre un peu de crème dans les épinards.


Nous rentrons déjeuner à notre auberge puis nous dirigeons tranquilement vers la terminale où nous prenons un bus direction Pereira. De là-bas nous partirons pour Medellin. Il faut normalement 5h seulement entre ces 2 villes, mais un pont a été détruit il y a quelques semaine par une explosion de l'ELN (groupe armé révolutionnaire) pour protester face au gouvernement qui a décidé d'arrêter les négociations en vue de la paix avec eux. Il faudra donc 3h de plus, ce qui nous décide à prendre un bus de nuit. Mais le trajet est plus court que prévu (une énorme surprise totalement surprenante pour le pays!). Nous arrivons à Pereira peu avant 17h. Nous pensions prendre un bus de nuit plus tard pour Medellin mais nous changeons d'avis et sautons dans le prochain qui part 10 minutes plus tard. Arrivée prévue à Medellin vers 2h du matin...



👌👌👌 Bons plans :


- la Vallée de la Cocora : à ne manquer sous aucun prétexte. Il faut absolument  la faire le matin et se lever tôt. Pour y aller, prendre une Jeep de la place centrale. Tarif : 6000 pesos. Entrée dans le parc : 3000 pesos. Un
bon conseil : faire la boucle à l'envers. 3 bonnes raisons à cela. 1/ Vous commencerez par marcher au pied des palmiers et serez assurés de les voir au soleil (il pleut très souvent l'après-midi et le ciel se couvre dès le milieu de matinée). 2/ Vous serez presque seuls au monde sur les 2 premières heures de marche car tout le monde va dans l'autre sens. 3/ La rando sera plus facile car vous commencerez par 1h30 de montée en pente douce plutôt que de faire une montée très raide à mi-parcours dans l'autre sens.

- la finca Momota : elle ne figure pas (encore?) dans le Lonely Planet et est donc un peu moins courrue que les autres. La visite parle autant de permaculture que de café, ce qui la rend particulièrement intéressante et originale. Une seule visite, à 9h tous les matins. 30000 pesos pour environ 3h (4h pour nous!). Visites en anglais.


- le KFée : café cosy tenu par une française. Petit dej excellent à 15000 pesos, pour un appétit de fille. Il est dans une parallèle à la rue principale, la carrera 4, numero 3-16.

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire